Les Bienveillantes Montreuillaises

  • Laeticia, Bienveillante de la biodiversité

    Laeticia, Bienveillante de la biodiversité

    Salut la compagnie !

    Charmant comme coin, n’est-ce pas ? J’ai beau être d’ici, je ne m’en lasse pas. J’irais même plus loin : quand on a grandi au milieu d’une nature aussi belle, on fait tout pour la protéger. 

    Tenez, ici par exemple, on pêchait quand on était gamins : silure, brochet, gardon, rotengle, carpe, perche, brème, et j’en passe ! 

    Des souvenirs qui donnent envie de conserver cette richesse sauvage qui nous entoure, derrière l’apparence soignée de notre petite cité de caractère.

    Laetitia, enchantée !* Je suis apicultrice, alors oui, la biodiversité, je peux vous en parler.

    Mais avant de m’écouter, silence ! Asseyez-vous et fermez les yeux. Combien d’espèces d’oiseaux pouvez-vous compter, rien qu’à l’oreille ?

    Prenez votre temps.

    Alors, combien ? 

    Presque ! En vrai, pour tous les identifier, il faudrait y passer la journée : il n’y a pas moins de 230 espèces d’oiseaux dans le coin.

    Ils profitent de la diversité des paysages : ici, c’est la vallée du Thouet. Plus haut, les bocages et vignobles font face aux forêts. Et de l’autre côté de la ville, vous tombez sur la Champagne de Méron, une grande plaine classée site Natura 2000.

    Elle compte 33 espèces de plantes menacées. Des animaux aussi, bien sûr, comme l’outarde canepetière, dont on ne dénombre plus que 500 spécimens, malheureusement. Mais la dynamique de protection fonctionne bien, avec des actions communes entre la Ligue de Protection des Oiseaux et les agriculteurs.

    Dézoomons encore : nous sommes ici au cœur du Parc Naturel Régional de Loire-Anjou-Touraine, qui s’étend des deux côtés de la Loire, entre Angers et Tours, sur 310 000 hectares. Il a été pensé pour protéger une région riche, mais fragile, densément peuplée - et pas que par les humains. L’idée, c’est de conjuguer développement et protection.

    Je ne vais pas vous les faire compter : nous en aurions pour la semaine. Mais le parc compte plus de 2000 espèces de plantes, et 870 espèces animales remarquables.

    Allez, assez de chiffres ! 

    Moi, ce que je préfère, ce sont les noms d’oiseaux poétiques, qui laissent imaginer que chacun a sa spécialité dans ce grand concert : mésange charbonnière, fritillaire pintade, pie bavarde, panure à moustache, … Attendez, un intrus s’est glissé dans cette liste, saurez-vous l’identifier ?**

    Bon, je vous laisse, je retourne à mes ruches. Mais avant, un dernier conseil : pour approcher la biodiversité, rien de tel qu’une bonne balade ! Durant les beaux jours, vous pouvez prendre le bac à corde “Le Passeur du Thouet” [Ajouter lien vers la page] depuis l’Île-aux-Moines, juste derrière moi. Et pour les plus ambitieux, on a plein de randonnées, comme celle-ci.

    A un de ces jours !

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    * Laetitia est un personnage contemporain fictif, inspiré des artisans et agriculteurs engagés pour la préservation du vivant. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée collectivement avec les habitants.

    ** La fritillaire pintade est une plante !

    Concept éditorial et texte de Vincent FORTIN.

    * Laetitia est un personnage contemporain fictif, inspiré des artisans et agriculteurs engagés pour la préservation du vivant. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée collectivement avec les habitants.

  • Eléonore, Bienveillante du camp d'internement

    Eléonore, Bienveillante du camp d'internement

    Bonjour.

    Asseyez-vous, je vous en prie. J’ai l’air soucieuse, je sais. Méditative, plutôt.

    Ce qui m’occupe l’esprit ? Non, ce n’est pas indiscret : cela tourne autour de la mémoire et de la liberté. Ou comment regarder son passé en face pour retrouver l’espérance du vivre ensemble, malgré les différences.

    Comme ma tenue le suggère, je n’ai pas eu une vie ordinaire. Laissez-moi me présenter, vous comprendrez mieux : je suis Eleonore Dibon, sage-femme*. J’ai exercé dans cette charmante bourgade de 1938 à 1954.

    Charmante ?

    Ça dépend où, ça dépend quand.

    De 1941 à 1945, la ville a accueilli un camp d’internement pour Tsiganes. Dans une grande plaine sèche et aride, balayée par les vents, sur la route de Loudun. Pas d’arbres, pas d’ombre.

    Je m’y rendais presque tous les jours pour soigner femmes et enfants, aider aux accouchements. Je peux vous dire que les conditions n’étaient guère enviables.

    L’hygiène y était si déplorable que les gardiens n’osaient même pas entrer dans les baraquements où les familles s’entassaient. Pas de chauffage, pas de vêtements de rechange. Si bien que les prisonniers taillaient leurs couvertures pour s’habiller, et brûlaient leurs sabots pour se réchauffer…

    Femmes, enfants, vieillards, surtout des Tsiganes, mais aussi quelques clochards et prostituées : en tout, 2000 personnes ont été internées dans ce camp, le plus grand de France.

    Pour les nomades, le pire des sévices était la privation de leur liberté de circulation. Attendre dans l’ennui, indéfiniment, jusqu’en 1946 pour certains ! Ceux-ci ont été transférés dans d’autres centres de “séjour surveillé” après la libération…

    Les Montreuillais avaient un rapport ambigu avec cette histoire. D’un côté, certains jeunes hommes ont préféré s’engager comme gardiens de camp que partir au travail forcé en Allemagne. D’un autre, le Maire de l’époque était résistant ; peu de Tsiganes montreuillais ont donc été internés.

    Le temps passant, il a été plus commode d’oublier cet épisode.

    De nos jours, il ne reste des baraquements que leurs socles en ciment, dépassant à peine de l’herbe haute. 

    Il a fallu attendre 1983 pour qu’un instituteur, amoureux de l’histoire locale, exhume ces souvenirs. Sa rencontre avec le descendant d’une victime internée a servi de point de départ pour faire la lumière sur le revers sombre de notre passé.

    Au début, les associations portent seules cette mémoire, mais la République française reconnaît le site en 1990. Une commémoration annuelle y a lieu tous les derniers samedis d’avril. En 2010, la municipalité acquiert la parcelle pour en restaurer la mémoire. Et en 2016, le Président François Hollande en personne vient rendre hommage aux 6000 à 6500 nomades déportés dans tout le pays. Le site devient le lieu national de cette mémoire.

    L’édification d’un mémorial est l’aboutissement d’un combat de tous les jours, porté par les associations et la municipalité. Ça n'enlève rien à l’attachement des Montreuillais à leur ville. Mais pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, encore faut-il s’en souvenir…

    La discrimination est un poison qui nous ronge de l’intérieur. Accepter l’autre et nos fautes passées, voilà le seul chemin possible vers la liberté.

    Je vous encourage à aller voir le camp. Le Centre Régional Résistance & Liberté organise des visites sur demande !

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    * Eléonore Dibon est un personnage historique réel, qui a soigné femmes et enfants du camp d’internement tsigane de Montreuil-Bellay. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée collectivement avec les habitants.

    Concept éditorial et texte de Vincent FORTIN.

  • Marguerite, Bienveillante de l'intergénérationnel

    Marguerite, Bienveillante de l'intergénérationnel

    Oh, bonjour les jeunes !

    Qu’est-ce qui vous attire dans ces parages ? Vous êtes dans les faubourgs de Montreuil-Bellay ici, vous savez ?

    Je ne suis pas fâchée de votre visite, bien au contraire ! Asseyez-vous donc à mes côtés le temps d’une petite parlote.

    Je me prénomme Marguerite, mais les coquelicots sur ma robe, c’est que je suis résidente non loin, à l’Ehpad des Coquelicots*. Le nom d’une fleur belle et fragile… Les autres noms, sur ma tenue, ce sont ceux de mes compagnons pensionnaires.

    Nous sommes la mémoire vive de Montreuil-Bellay.

    Un trait d’union entre le présent et le passé. 

    Un peu comme cet endroit, d’ailleurs : maisons modernes d’un côté, métairies anciennes de l’autre. Ironie du sort : autrefois, ce quartier ne faisait pas partie de Montreuil-Bellay. C’était Saint-Hilaire-le-Doyen, un nom prémonitoire !

    Vous savez, nous en avons vécu, des choses… 

    Il y a l’Histoire, la grande : l’occupation allemande, la fin du service militaire ou la Chute du Mur de Berlin. Tout le monde connaît, mais quand on l’apprend en direct, voire quand on le vit, c’est autre chose.

    Et puis, il y a l’histoire avec un petit “h” : les charettes tirées par des chevaux, les écoles non mixtes, la chaîne de télévision unique (on n’avait pas encore inventé le zapping !), prendre l’avion pour voyager, … Alors que certains d’entre nous n’avaient même pas l’eau courante dans leur enfance.

    Après tout ça, moi, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, ça me laisse de tuffeau.

    Moi, ce qui m’impressionne le plus quand je regarde en arrière, c’est comment notre place à nous, les femmes, a évolué. Imaginez : ma propre mère n’a pas toujours eu le droit de vote ! Il en reste, du boulot, je ne dis pas le contraire. Mais quand même, quand je regarde en arrière, on vient de loin.

    Après, il faut reconnaître, notre époque avait du bon aussi.

    A la Saint Lubin, tous les ans, on organisait une grande fête au Mail aux Belles. C’était presque la seule occasion pour tous ceux des hameaux alentour de venir “à la ville”. Et pour nous, les jeunes, de faire des rencontres ! Ça a plus de charme que Tinder, non ?

    Bon, on cause, on cause, mais le temps passe - toujours trop vite, si vous saviez.

    Ça va être l’heure où les enfants rentrent de l’école - car on a encore beaucoup de jeunes et de familles ici ! Et j’adore les regarder jouer dans le parc, c’est bien plus amusant que la télévision.

    A bientôt la jeunesse !


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    * Marguerite est un personnage contemporain fictif, inspiré des pensionnaires de l’Ehpad. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée collectivement avec les résidents de la maison de retraite.

    Concept éditorial et texte de Vincent FORTIN.

    SOURCE

    1. https://archives.maine-et-loire.fr/recherche-et-consulter/organisation-du-territoire 
  • Elise, Bienveillante de la vigne

    Elise, Bienveillante de la vigne

    Bonjour à vous !

    Qu’est-ce qui vous amène dans ces parages, c’est la vue sur le château ? Elle est belle, c’est vrai. Moi, c’est la vigne, vous vous en serez douté. Elle n’est pas loin, il vous suffit de remonter le coteau.

    Mais reprenez votre souffle, parce que ça monte ! Ça nous laissera le temps de discuter un peu tout en admirant le paysage.

    Je m’appelle Elise, et comme vous j’imagine, je viens d’ailleurs.*

    Je suis venue pour étudier la viticulture au Lycée agricole Edgard Pisani, ici même, à Montreuil-Bellay. C’est une chance pour la région, parce que ça attire des gens de toute la France, voire de l’étranger ! On accueille même des Argentins.

    Il y a les lycéens comme moi, mais aussi des adultes de tous les âges, qui se reconvertissent. La vallée de la Loire est réputée moins élitiste que d’autres régions viticoles. Plus accueillante pour ceux qui n’y connaissent rien, et souhaitent tout apprendre. Le vin brasse donc de toutes les origines, et la ville s’enrichit de profils inattendus.

    Ça donne aussi des scènes croustillantes, lorsque les étudiants révisent leurs oraux en terrasse des cafés, dans la douceur des soirs de juin. Pour eux, la vinification est un art, et ils déclament leur science du vin avec tant d’amour qu’on dirait de la poésie !

    Ici, depuis huit siècles, le vin, c’est sacré.

    Vous trouverez, dans le frigo de chaque Montreuillais, une bouteille de “bulles” prête à être partagée avec le voisin de passage.

    Autour de la ville, 400 hectares de vigne sont exploités par une quinzaine de viticulteurs passionnés : des jeunes, des vieux, des femmes, en biodynamie ou en conventionnel, … Qui s’entraident plus qu’ils ne se concurrencent.

    Nos appellations ? Saumur rouge, blanc ou rosé, Crémant de Loire et Cabernet d’Anjou.

    En cépages locaux, je vous recommande vraiment le chenin : c’est frais, c’est fruité, c’est gouleyant !

    Autre spécificité locale : nos caves. Ce sont des anciennes carrières, qui ont servi de chais troglodytes à certaines époques, grâce à leur température constante : idéale pour la vinification et la conservation. Vous avez peut-être aperçu leurs petites cheminées d’aération, qui ressemblent à des puits ? On les appelle des jittes, car dans le temps, on y jetait le raisin vendangé en haut des coteaux, directement dans les pressoirs ! Malin, non ?

    Bon, je vous laisse, je dois retourner à la vigne. Bonne balade !


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    * Elise est un personnage contemporain fictif, inspiré des étudiants du Lycée agricole Edgard Pisani. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée collectivement avec les étudiants en viticulture.

    Concept éditorial et texte de Vincent FORTIN.

    SOURCES

    1. Interview de Marc Bonnin
    2. https://www.pisani49.fr/2024/10/17/bienvenue-a-nos-amis-argentins-une-semaine-dechange-et-de-decouverte-a-edgard-pisani/ 
    3. Montreuil-Bellay et son canton, Inventaire général du patrimoine culturel, Ed. 303, janvier 2013, p. 9

    https://www.parc-loire-anjou-touraine.fr/sites/default/files/2020-10/quizz-troglo.pdf

  • Yolande, Bienveillante du millénaire

    Yolande, Bienveillante du millénaire

    Bon jour aiez vous et bonne vie.

    Rassurez-vous, je parle aussi le français d’aujourd’hui ! Mais j’aime à accueillir le badaud par quelques mots de mon époque.

    Car je vous parle depuis le XVè siècle ! Yolande de Laval, pour vous servir.*

    J’ai fait serment de rester sur ce banc jusqu’à ce qu’on ait fini mon château-neuf. Voilà plus de cinq siècles que j’attends, mais vous savez ce que c’est, les chantiers sont rarement terminés dans les délais.

    Il faut dire qu’on en a tellement lancés, avec mon époux Guillaume d’Harcourt !

    • Le vieux château, c’est nous - mais on s’est vite sentis à l’étroit.
    • Le logis des chanoines, avec son étuve digne d’une salle de bains moderne, c’est nous.
    • La collégiale Notre-Dame, servant aujourd’hui d’église paroissiale : c’est encore nous !
    • Le relèvement des murailles, encore visibles aujourd’hui ; les impressionnantes portes Nouvelle et Saint-Jean : c’est toujours nous.
    • La barbacane, le vieux pont, l’Hôpital Saint-Jean, tout ça, c’est nous.

    Le chantier dont on aurait pu s’abstenir, c’est la restauration de l’Eglise Saint-Pierre. Incendiée par les protestants moins de cent ans après sa consécration ! Ceci dit, cela fait de jolies ruines pour accueillir les spectacles aujourd’hui.

    Détrompez-vous, je suis loin de m’attribuer tous les mérites architecturaux de la ville ! Mais il reste peu de traces de ce qui nous précède, Guillaume et moi.

    Typiquement, le premier donjon construit ici, par Foulques Nerra vers 1025, a été rasé. Je suis donc aussi là pour rendre hommage à tout ce qui ne se voit plus. Pensez donc ! En mille ans, tout n’a pas survécu.

    Eh oui, mille ans ! En 2025, nous les avons dignement fêtés, avec des célébrations qui resteront dans les mémoires.

    Les Montreuillais sont fiers de leur histoire, et vous verrez d’ailleurs le blason de la ville sculpté sur les façades de certaines maisons - saurez-vous les retrouver ?

    Regardez cette place autour de nous. La haute maison aux volets verts, c’est l’ancien greffe de la baronnie. Celle avec les colombages, dans l’angle, est la plus ancienne de toute la ville (XIVè). J’aime à penser que depuis si longtemps, ce sont les mêmes façades multiséculaires qui voient passer nos fêtes de village. Quel décor de choix pour l’agenda culturel foisonnant de notre petite cité !

    A propos : la ville vous propose un parcours de découverte historique complet. 

    Bonne promenade !

    Je ne peux hélas vous accompagner, j’attends toujours mes artisans.


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    * Yolande de Laval (1431-1487) est un personnage historique réel. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée collectivement avec les habitants.

    Concept éditorial et texte de Vincent FORTIN.

    SOURCES

      1. http://txm.ish-lyon.cnrs.fr/bfm/pdf/maniere1399.pdf
      2. Montreuil-Bellay et son canton, Inventaire général du patrimoine culturel, Ed. 303, janvier 2013, pp. 8, 10, 66 à 71, 78, 80, 82
      3. https://www.ville-montreuil-bellay.fr/sport-et-loisirs/patrimoine/histoire-et-patrimoine-de-la-ville

    • Montreuil-Bellay à travers les âges, Camille CHARIER, Ed. Charier, 1913, rééd. 1992, pp. 59 à 65

      1. Blasons sculptés : 37 bd de l’Ardenne et 1 rue des Lauriers

    • Montreuil-Bellay, ville close de l’Anjou, Jacques SIGOT, Ed. CMD, 1993, pp. 23-24

    1. https://www.petitescitesdecaractere.com/wp-content/uploads/2025/06/montreuil-bella
    2. y-petite-cite-de-caractere-support-de-decouverte-du-patrimoine.pdf 

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Blason_ville_fr_Montreuil-Bellay_%28Maine-et-Loire%29.svg

  • Hardouine, Bienveillante du Thouet

    Hardouine, Bienveillante du Thouet

    Tiens, bien le bonjour !

    On profite de la vue ? Vous avez raison. Moi, je ne m’en lasse pas. Et pourtant, j’y suis tous les jours. 

    Hardouine, lavandière de mon état.* 

    Hardie au labeur comme à la causette !

    Asseyez-vous, c’est ma pause, justement. Je la mérite bien : c’est fatiguant de laver du linge à la main toute la journée.

    Heureusement, j’ai vue sur les bateaux, ça me fait voyager en esprit. Je m’imagine bourlinguer vers des horizons lointains, jusqu’à Saumur…

    On n’en voit plus guère aujourd’hui, de bateaux. Mais c’est la navigation sur le Thouet qui a enrichi la ville.

    Au XVè siècle, le roi en personne autorise les seigneurs de Montreuil-Bellay à taxer le vin en transit, en échange des travaux pour rendre la rivière navigable. Et croyez-moi, ça n’a jamais été une mince affaire.

    Vous lui donneriez le bon Dieu sans confession, au Thouet, au premier coup d'œil. Mais il n’est pas si commode ! Il peut gonfler d’un coup, comme se tarir ; s’énerver, et puis bouder. 

    Crues et sécheresses abîment les portes marinières et les écluses. Les marchands n’arrêtent pas de rouspéter contre la circulation difficile.

    C’est comme les ponts !

    On en a eu cinq en cinq siècles. Mais jamais au bon moment !

    Tiens, l’autre fois, Napoléon lui-même se pointe avec la Grande Armée, direction l’Espagne. Pile quand on n’avait plus de pont, sans mauvais jeu de mot. Quel désappointement ! Faire patauger tous ses gusses à gué dans le Thouet, à quelques centaines de lieues de Paris seulement. La légende dit que ça l’a tellement vexé qu’il nous a offert le pont actuel, qu’on appelle… le pont Napoléon.

    Revenons à nos bateaux.

    Ils ont transformé la ville en carrefour commercial. Les commerçants gagnaient un temps précieux en chargeant ici tuffeaux, chanvre, céréales, et surtout du vin de Saintonge, du Poitou et de Charente - même du Cognac. Direction la Loire, puis Nantes ou Paris.

    Mais peu à peu, les bateaux se sont fait plus rares.

    Le roi avait supprimé le droit d’octroi, un peu avant la Révolution. On manquait donc de moyens d’entretien.

    Puis deux concurrents sont apparus coup sur coup : le canal de la Dive, et surtout le chemin de fer. Vers 1920, c’était plié : le Thouet n’était plus navigué.

    Il est devenu un lieu de plaisance, et les Montreuillais ne boudent pas ses berges aux beaux jours, notamment l’Île aux Moines : pique-niques, pêche, football de plage, … Presque un petit air de bord de mer !

    Mais je cause, je cause, et le linge ne va pas se laver tout seul, il faut que j’y retourne. C’était plaisant de discuter ! Si vous me cherchez, je serai à mon lavoir, un peu plus bas, juste derrière moi au bord de l’eau, vous voyez ?

    Au plaisir !

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    * Hardouine est un personnage historique fictif, inspiré des générations de lavandières qui ont travaillé sur les berges du Thouet. La statue a été réalisée par Laure Duquesne, et son ornementation pensée avec les Montreuillais.

    Concept éditorial et texte de Vincent FORTIN.

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    SOURCES

    1. https://www.ellebore.org/dossiers_loire_et_rivieres_files/navigation%20Thouet.pdf
    2. https://francearchives.gouv.fr/facomponent/5f3f2bca8d4360e2603b3b0282add349107e735a
    3. https://francearchives.gouv.fr/fr/findingaid/c3077bac2ecc11cf4c7d0520ff74be9ec343e15d
    4. https://accessible.net/usr/6/G/montreuil-bellay-parcoursdecouvertecaracteresagrandis.pdf
    5. https://feuillesdardoise.fr/page-des-prenoms/ 
    6. https://www.le-kiosque.org/22-janvier-a-saumur-conference-la-navigation-sur-le-thouet/
    7. La Vallée du Thouet, sous la direction de François Bouchet, 2004, Geste Editions, pp. 123 à 137, chapître “Le Thouet navigable” par J. Sigot.
    8. Montreuil-Bellay et son canton, Inventaire général du patrimoine culturel, Ed. 303, janvier 2013, p. 9